Dimanche 16 avril 2006
Extrait d'Al Wassiyat Al Kubra, de Cheikh Al Islam Ibn Taymiyyah, tiré du Majmou' Al Fatawah volume 3 page 369. Revue et corrigé par Al-Mourabitoune.

La secte sauvée

La « Voie droite » (al-sirât al-mustaqîm), c'est la religion de l'Islam pur, c'est ce qui se trouve dans les paroles d'Allah et c'est la Sunna et la Jama'a. La Sunna pure est en effet la religion de l'Islam pur. Dans de nombreux récits, transmis par les auteurs des Sunan et des Musnad tels l'imâm Ahmad, Abû Dâ'ûd, al-Tirmidhî et d'autres, il est rapporté du Prophète qu'il a dit: « Cette communauté se divisera en soixante-douze sectes, lesquelles seront toutes dans le Feu sauf une, à savoir la Jama'a », et, dans une autre version: … « [à savoir] ceux qui se conduisent comme je me conduis aujourd'hui, ainsi que mes Compagnons ».Cette secte sauvée, ce sont les adeptes de la Sunna, qui occupent une position de juste milieu parmi les nations de même que la confession de l'Islam occupe une position de juste milieu parmi les confessions.

 

Une prophétologie de juste milieu

Les Musulmans ont en effet une position intermédiaire au sujet des prophètes de Dieu, de Ses messagers et de Ses serviteurs vertueux. Et dans leur propos ils n'ont pas exagéré comme les Chrétiens ont exagéré: Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines, ainsi que le Christ fils de Marie, comme Seigneurs en dehors d'Allah, alors qu'on ne leur a commandé que d'adorer un Dieu unique. Pas de divinité à part Lui! Gloire à Lui! Il est au-dessus de ce qu'ils [Lui] associent.[Sourate Al-Tawbah 9:31]. Inversement, ils n'ont pas maltraité non plus les prophètes comme les Juifs les ont maltraités: Ils tuent sans droit les prophètes et tuent les gens qui commandent la justice[Sourate 'Al-`Imrân 3:21] Est-ce qu'à chaque fois, qu'un Messager vous apportait des vérités contraires à vos souhaits vous vous enfliez d'orgueil? Vous traitiez les uns d'imposteurs et vous tuiez les autres[Sourate Al Baqarah 2:87]

Les croyants, au contraire, croient aux messagers d'Allah, les assistent et les aident à vaincre, les respectes, les aiment et leur obéissent, mais ne les adorent pas et ne les prennent pas comme seigneurs, ainsi qu'Allah l'a dit: Il ne conviendrait pas à un être humain à qui Allah a donné le Livre, la Compréhension et la Prophétie, de dire ensuite aux gens: ‹Soyez mes adorateurs, à l'exclusion d'Allah›; mais au contraire, [il devra dire]: ‹Devenez des savants, obéissant au Seigneur, puisque vous enseignez le Livre et vous l'étudiez›.Et il ne va pas vous recommander de prendre pour seigneurs anges et prophètes. Vous commanderait-il de rejeter la foi, vous qui êtes Musulmans?[Sourate 'Al-`Imrân 3:79-80]

En conséquence de quoi les croyants ont une position intermédiaire à propos du Messie. Ils ne disent pas qu'il est Dieu, non plus que fils de Dieu, non plus que troisième de trois, ainsi que le disent les Nazaréens. Inversement, ils ne mécroient pas en lui ni ne disent une énorme calomnie contre Marie, en allant jusqu'à faire de lui l'enfant d'une catin ainsi que le prétendent les Juifs. Ils disent au contraire qu'il est le serviteur de Dieu, Son messager et Sa parole, qu'Il envoya à Marie , la chaste, la vierge, et un soufle venu de Lui.

 

Des prescriptions religieuses de juste milieu

Les croyants ont, de même, une position intermédiaire concernant les prescriptions de la religion de Dieu. Ils n'interdisent pas à Allah d'abroger ce qu'Il veut, ni d'effacer ce qu'Il veut, non plus que de [le] confirmer, comme le font les Juifs. Allah a relaté cela à leur propos endisant: Les faibles d'esprit parmi les gens vont dire: ‹Qui les a détournés de la direction (Qibla) vers laquelle ils s'orientaient auparavant?›[Sourate Al Baqarah 2:142] et en disant aussi Et quand on leur dit: ‹Croyez à ce qu'Allah a fait descendre›, ils disent: ‹Nous croyons à ce qu'on a fait descendre à nous›. Et ils rejettent le reste, alors qu'il est la vérité confirmant ce qu'il y avait déjà avec eux (comme écriture).[Sourate Al Baqarah 2:91]

Inversement, ils ne permettent pas aux plus grands de leurs oulémas et de leurs dévots de changer la religion d'Allah et, partant, d'ordonner ce qu'ils veulent et de prohiber ce qu'ils veulent, ainsi que le font les Nazaréens. Allah de relater cela à leur propos en disant: Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines comme Seigneurs en dehors d'Allah. Quand il entendit le Prophète réciter ce verset, 'Adiyy ibn Hatim a dit : "Nous ne les adorions pas". Le Prophète répliqua : "Ne rendaient-ils pas illicite ce qu'Allah avait permis et alors vous le rendiez illicite, et ne rendaient-ils pas licite ce qu'Allah avait interdit alors vous le rendiez licite ?" Il répondit "oui", alors il () a ajouté "ceci était votre adoration envers eux" (Rapporté par Ahmad et At-Tirmidhi).

A Allah, disent les croyants, il appartient de créer et d'ordonner. De même que nul autre que Lui ne crée, nul autre que Lui n'ordonne. Nous avons entendu et nous obéissons, disent-ils, et ils obéissent à tout ce que Dieu ordonne. Dieu décide ce qu'Il veut, disent-ils aussi. Quant à l'être créé, il ne lui appartient pas de remplacer un ordre du Créateur quand bien même ils'agit d'un personnage important.

 

Une théodicée de juste milieu

Il en va de même en ce qui concerne les attributs d'Allah . Les Juifs, en effet, ont décrit Allah au moyen des attributs déficients du créé: "Allah est pauvre et nous somme riches". "La main d'Allah est fermée!" dirent-ils aussi. Ils dirent également: "Il Se fatigua de créer et Se reposa le jour du Sabbat", etc.

Inversement, les Nazaréens (Chrétiens) ont décrit le créé au moyen des attributs propres au Créateur. Un être créé (Jésus par exemple), dirent-ils, crée et pourvoit, pardonne, fait miséricorde et revient vers les créatures, récompense et punit.

Les croyants, [quant à eux], croient en Allah , Qui n'a ni homonyme ni pareil, Qui n'a aucun égalet à Qui aucune chose n'est semblable. Il est en effet le Seigneur des mondes et le Créateur de toute chose. Tout ce qui est autre que Lui, ce sont des serviteurs de Lui, indigents de Lui. Tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre se rendront auprès du Tout Miséricordieux, [sans exceptions], en serviteurs. Il les a certes dénombrés et bien comptés. Et au Jour de la Résurrection, chacun d'eux se rendra seul auprès de Lui[Sourate Maryam 19:93-95]

 

Une éthique de juste milieu

De cela relève aussi l'affaire du licite et de l'illicite. Allah dit a propos des Juifs: C'est à cause des injustices commise par ceux qui pratiquaient le Judaïsme que Nous leur avons rendu illicites les bonnes nourritures qui leur étaient licites[Sourate An-Nisâ' 4:160].

Ils ne mangent donc pas les animaux à ongles, tels les chameaux et les canards, ni la graisse de l'épiploon et des reins, ni le chevreau dans le lait de sa mère, etc. Il leur a été imposé tant d'interdits, en matière de nourriture, de vêtements, etc., qu'on dit que les choses qui leur sont interdites sont de trois cent soixante espèces et que ce qui leur est imposé comme obligations, ce sont deux cent quarante-huit affaires. Ils ont semblablement fait l'objet d'une plus grande sévérité en ce qui concerne les souillures, à tel point qu'ils ne mangent pas avec la femme qui a ses règles et ne cohabitent pas avec elle, dans leurs maisons.

Quant aux Nazaréens, ils jugent licites les choses pernicieuses et l'ensemble des choses interdites, et ils sont en contact avec toutes les souillures. Le Messie leur avait pourtant seulement dit: Je suis aussi venu à vous pour vous rendre licites certaines des choses qui vous avaient été interdites[Sourate 'Al-`Imrân 3:50]. Et c'est pourquoi Allah a dit: Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n'interdisent pas ce qu'Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu'à ce qu'ils versent la capitation par leurs propres mains, après s'être humilies[Sourate At Tawbah 9:29].

Les croyants, quant à eux, sont comme Allah les a qualifiés en disant: Ma miséricorde embrasse toute chose. Je la prescrirai à ceux qui (Me) craignent, acquittent la Zakat, et ont foi en Nos signes. Ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré qu'ils trouvent écrit (mentionné) chez eux dans la Thora et l'Evangile. Il leur ordonne le convenable, leur défend le blâmable, leur rend licites les bonnes choses, leur interdit les mauvaises, et leur ote le fardeau et les jougs qui étaient sur eux. Ceux qui croiront en lui, le soutiendront, lui porteront secours et suivront la lumière descendue avec lui; ceux-là seront les gagnants[Sourate Al A'raf 7:156-157]. Ceci est un sujet qu'il serait long de dépeindre.

 

Une doctrine intermédiaire des attributs divins

Ainsi les gens d'Ahl Es Sounna Wal Jama'a se situent-ils aussi en ce qui concerne les sectes. Au sujet des noms de Dieu, de Ses signes et de Ses attributs, ils ont en effet une position intermédiaire entre, [d'une part], les adeptes du réductionnisme (ta‘tîl), qui hérétisent à propos des noms de Dieu et de Ses signes, et réduisent à rien (‘attala) les réalités de ce dont Dieu S'est qualifié Lui-même, à tel point qu'ils Le font ressembler au néant et à une chose inanimée, et, [d'autre part], les adeptes de l'assimilationnisme (tamthîl), qui proposent de Lui des semblances et Le font ressembler aux créatures.

Les partisants d'Ahl Es Sounna Wal Jama'a croient en ce par quoi Dieu S'est décrit Lui-même et en ce par quoi Son Messager L'a décrit, sans distorsion (tahrîf) ni réduction, et sans imposition de modalité (takyîf) ni assimilation (tamthîl).

 

Une doctrine intermédiaire de l'action

Au sujet de l'acte créateur de [Dieu] et de Son ordre, les gens de la Sunna et de la Jama'a ont une position intermédiaire entre, [d'une part], ceux qui traitent de mensonge la puissance de Dieu et qui ne croient ni en Sa parfaite puissance, ni en Sa volonté englobante, ni en Sa création de toute chose, et, [d'autre part], ceux qui corrompent la religion de Dieu, qui considèrent que le serviteur n'a ni volonté, ni puissance, ni action, et qui réduisent donc à rien l'ordre et l'interdiction [divins], la récompense et le châtiment, devenant ainsi l'équivalent des associateurs qui disaient: Si Dieu l'avait voulu, nous n'aurions pas été des associateurs, non plus que nos pères, et nous n'aurions rien déclaré interdit[Sourate Al An'am 6:148].

Les adeptes de la Sunna croient que Dieu sur toute chose est puissant – Il a donc la puissance de guider [Ses] serviteurs et de retourner leurs cœurs –, que ce que Dieu veut est et que ce qu'Il ne veut pas n'est pas – dans Son royaume n'est donc point ce qu'Il ne veut pas, et Il n'est pas incapable de mettre en œuvre ce qui est voulu de Lui –, et qu'Il est le Créateur de toute chose: les choses concrètes, les attributs [des êtres] et les mouvements.

Ils croient [par ailleurs] que le serviteur a une puissance, une volonté, une action, et qu'il est quelqu'un qui choisit (mukhtâr). Ils ne le nomment pas «contraint» (majbûr) étant donné que quelqu'un de contraint est quelqu'un qui estforcé d'[agir] différemment de son choix. Or Allah a fait du serviteur quelqu'un qui choisit ce qu'il fait. [Le serviteur] est donc quelqu'un qui choisit, quelqu'un qui veut, Dieu est son Créateur et le Créateur de son choix et il n'est rien de pareil à ceci. Et Allah, rien n'est en effet semblable, ni s'agissant de Son essence, ni s'agissant de Ses attributs, ni s'agissant de Ses actions.

 

Une doctrine intermédiaire de la foi

Au sujet des noms et statuts [de croyant, de grand pécheur et de mécréant], de la promesse et de la menace [de l'au-delà], les gens d'Al Sunna Wal Jama'a ont une position intermédiaire entre, [d'une part], les « partisansde la menace » (wa‘îdiyya) qui considèrent que les Musulmans auteurs de grands péchés sont maintenus éternellement dans le Feu, les expulses de la religion et traitent de mensonge l'intercession du Prophète , et, [d'autre part], les « renvoyeurs » (murji'a) qui disent que la foi des pervers est semblable à la foi des prophètes et que les actions vertueuses ne font paspartie de la religion et de la foi, et qui traitent de total mensonge la menace et le châtiment.

Ahl Es Sounna Wal Jama'a croient que les Musulmans pervers ont avec eux une part de la foi et son fondement mais n'ont pas, avec eux, l'ensemble de la foi nécessaire, en vertu de laquelle ils mériteraient le Paradis. [Ils croient par ailleurs] qu'ils ne seront pas maintenus éternellement dans le Feu; au contraire, de ce dernier sortira quiconque a dans le cœur le poids d'un grain de foi, ou le poids d'un grain de moutarde de foi. [Ils croient en outre] que le Prophète a réservé son intercession aux grands pécheurs de sa communauté.

 

Une doctrine intermédiaire des Compagnons

A propos des Compagnons du Messager d'Allah , les adeptes de la Sunna et de la Jama'a ont aussi une position intermédiaire. [Ainsi se situent-ils] entre, [d'une part], les «exagérateurs» (ghâliya) et les «maltraiteurs» (jâfiya). [Les exagérateurs] exagèrent au sujet de ‘Alî , lui donnent plus d'éminence qu'à Abû Bakr et à ‘Umar , croientqu'il est l'imâm préservé de toute erreur (ma‘sûm), à l'in-verse d'eux deux, et que les Compagnons furent injustes et pervers. Ils traitent semblablement de mécréante la communauté après eux. Parfois, ils font de [‘Alî] un Prophète ou un Divin.

[Inversement, les maltraiteurs] croient en la mécréance de [‘Alî] et en la mécréance de ‘Uthmân , jugent licite leur sang à tous deux ainsi que le sang de ceux qui reconnurent leur autorité à tous deux, jugent bon d'insulter ‘Alî, ‘Uthmân et leurs pareils, et diffament le califat de ‘Alî et son imâmat.

 

Le sens d'une fidélité

Ainsi [en va-t-il] aussi du reste des domaines de la Sunna… Les adeptes de la Sunna et de la Jama'a ont à leur sujet une position de juste milieu parce qu'ils s'entiennent au Livre d'Allah, à la Sunna de Son Messager et à ce sur quoi furent d'accord leurs premiers prédécesseurs – les émigrés, les Auxiliaires et ceux qui les suivirent sur ce chemin.

 

 

par airmimi59 publié dans : Introduction

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